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Texte accompagnant l'exposition au Carmel de Pamiers - Ariège

Michèle Duchêne façonne un peuple féminin de papier. Le choix de ce médium n’a rien d’anecdotique. Le papier journal, matériau pauvre, fragile et quotidien, lui offre une liberté d’expression qu’elle a longtemps cherchée. Support chargé d’informations, souvent associé à l’urgence, au drame ou à la gravité du monde, il se trouve ici déplacé. Le journal cesse de transmettre des faits pour devenir une matière sensible, porteuse d’émotions, de récits intimes et de sentiments.

De cette matière naît un monde situé dans un entre-deux. Les figures de Michèle Duchêne se tiennent à la frontière de l’enfance et de l’âge adulte, dans ce moment suspendu où l’identité se construit, où le corps se transforme, où l’intime s’éprouve.

Ce monde prend forme à travers un rapport direct à la matière. La sculpture se construit lentement, par étapes successives, laissant apparaître les traces du geste, des choix et du temps. L’artiste développe ainsi une relation étroite avec chacune de ses figures, qu’elle individualise et nomme systématiquement.

Si ces sculptures se ressemblent, c’est qu’elles appartiennent à un même ensemble. Chacune est singulière, mais aucune n’existe isolément. Ce peuple féminin fonctionne comme une famille : la ressemblance crée un cadre rassurant, tandis que l’affirmation de l’individu demeure fragile. C’est dans cette tension que s’inscrit le travail de Michèle Duchêne.

L’usage du papier journal inscrit cette démarche dans une histoire plus large de l’art moderne et contemporain. Dès le début du XXᵉ siècle, des artistes comme Pablo Picasso et Georges Braque intègrent le journal dans leurs collages, faisant entrer le réel, l’actualité et le langage imprimé dans l’œuvre.

Chez Michèle Duchêne, le papier journal ne renvoie ni à la citation ni à la critique frontale de l’actualité. Il devient surface, peau, presque une chair fragile. Il accueille un peuple féminin qui échappe aux récits dominants pour affirmer une autre forme de narration, plus intime et plus sensible.

L’exposition rassemble ces figures dans un même ensemble, donnant à voir une œuvre cohérente où le papier journal, détourné de sa fonction première, devient un matériau de construction plastique et symbolique. Michèle Duchêne y affirme une écriture sculpturale singulière, capable de transformer un support lié à l’éphémère en une forme durable et habitée.

Service Culture - Mairie de Pamiers

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